David Le Breton : " Signer son corps "

Publié le 18-02-2014 12:29:01 Modifié le 18-02-2014 12:29:01 Par tmv

David Le Breton est Professeur à l’université de Strasbourg. Ce sociologue travaille sur les représentations et les mises en jeu du corps.

David Le Breton (Photo CC Ji-Elle)


Pouvez-vous affirmer, aujourd’hui, que la pratique du tatouage est devenue grand public ?

Oui, depuis la fin des années 1990, elle s’est étendue, s’est généralisée. C’est une nouvelle manière de découvrir son corps, de se construire une identité. On observe, en particulier chez les adolescents, que le tatouage est une façon d’avoir un corps à soi, d’intervenir sur sa vie. Lors des entretiens que j’ai menés pendant mes études, un garçon m’expliquait qu’il avait honte d’aller sur une plage torse nu, ou à la piscine. Une fois tatoué, il s’est senti fier de son corps, réconcilié.
Les adultes désapprouvent parfois cette pratique, pourtant, elle a des effets positifs ?
Ce n’est pas à moi de juger. Ce que j’observe, c’est qu’un adolescent a envie de signer son corps, de dire qu’il lui appartient. Il y a une dimension initiatique, le sentiment de devenir un homme ou une femme. Les parents, eux, ne veulent généralement pas qu’il transforme ce qu’ils ont créé. Il existe également dans le tatouage, des personnes qui collectionnent… Ces habitués se font faire des « grosses pièces » qui recouvrent des parties importantes de leur corps. Regardez les mannequins sur les pubs, les sportifs lors des manifestations télévisées, beaucoup arborent des tatouages. La vision d’un corps nu, sans marque, devient de plus en plus impossible. Je ne serais pas étonné que, dans quelques années, la vision d’une personne non tatouée devienne hors-norme.
Ça n’a pas été toujours le cas ?
Pendant plusieurs siècles, le tatouage a disparu de nos territoires, banni par les religions. C’est au XVIe siècle qu’il a été redécouvert, par les marins du Capitaine Cook, à Tahiti. Pendant longtemps, c’était la marque des marins, des marginaux, un moyen de rompre l’ennui en mer mais aussi de choquer la classe bourgeoise, de se différencier.
Propos recueillis par B.R.
On vous conseille vivement les deux livres de David Le Breton, Signes d’identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles (Éditions Métailié) sorti en 2002 et L’Adieu au corps (Éditions Métailié) publié en 2013.

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