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E2C de Tours : Start again

Le 08/07/2013 à 09h00

Sans emploi, peu diplômés. Chaque année, l’École de la deuxième Chance (E2C) de Tours offre la possibilité à deux cents jeunes
de raccrocher le bon wagon. Tant sur le plan professionnel que social. Visite guidée.

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Il scrute son écran avec attention. Le regard plein d’envie derrière ses lunettes. Fan d’arts martiaux, Jonathan observe les derniers arrivages d’une boutique en ligne spécialisée. Tshirts, gants et kimonos remplissent l’interface du site. Le jeune homme de 22 ans est attiré par un mot surligné en rouge : recrutement. « Ils embauchent des préparateurs de commande. C’est ce que je veux faire. J’ai envie de travailler chez eux », dit-il timidement.

Autour de lui, dans la salle de classe, ses camarades s’appellent Stéphane, Damien, Alixe. Ils ont tous un objectif différent. Un point commun aussi : celui d’avoir intégré l’École de la Deuxième Chance (E2C) de Tours. L’antenne de la ville a été créée en 2004, neuf ans après la mise en place du réseau national par Édith Cresson, ancienne Premier ministre.

L’école accueille des jeunes de 20 à 30 ans. Sortis depuis plus d’un an du système scolaire. Sans diplôme ou avec un 016_05_06_2013_OL29435niveau qui n’est plus adapté à leur projet. Ils ont décroché, à un moment de leur vie. Décroché dans leurs études, comme Jonathan. « Je n’ai pas eu mon CAP menuiserie. Puis, j’ai essayé de revenir. À 19 ans, j’ai finalement lâché et suis sorti sans qualification », explique-t-il dans un débit rapide.

L’école, ce n’était pas son truc. Il n’appréciait pas « tout le système. Le prof qui juge tout, se focalisant sur sa propre opinion et n’écoutant pas les autres ». Assis sur sa chaise, Stéphane, grand garçon dégingandé, passe vite sur ses années d’études. Il précise quelques difficultés en français, son comportement. « Il y avait un effet de groupe à cette époque, ce n’était pas trop ça », élude-t-il.

« Ils sont déstructurés, il faut leur donner un nouveau cadre »

Et puis, il y a eu le décrochage du monde du travail. Un univers impitoyable, avec ses normes, ses codes. Alixe, arrivée des Antilles en septembre 2012, énumère ses expériences : « salons de coiffure, magasins de location de vidéos, aide à domicile… ». Toujours écourtées. Ils ont tous enquillé des centaines de candidatures. À l’autre bout de la salle, Jonathan abonde : « Je galérais, entre intérim et chômage. C’était dur, j’en avais marre, je doutais ».

Avec son allure de vieux sage, Diba Medjahed en a vu d’autres. Le directeur de l’école analyse, sans un mot plus haut que l’autre. « Nos jeunes ont un rapport complexe avec l’entreprise. Ils l’idéalisent, mais elle cristallise aussi leurs échecs passés ». Alors, ici, le travail est placé au centre du projet. Les fondamentaux de la recherche d’emploi sont remis sur la table.

« Trois minutes de retard, ce n’est pas toléré »

010_05_06_2013_OL29419Stéphane reçoit les conseils de Nadia Mahituku. « La première phrase de ta lettre de motivation, elle fait sept lignes, c’est trop », lui indique-t-elle calmement. Formatrice, elle répète, explique. Constamment. « Ils sont déstructurés, il faut leur donner un nouveau cadre », lance-t-elle, en rejetant en arrière ses cheveux bruns. Le cadre à l’E2C, c’est d’abord un stage imposé de quinze jours dès le premier mois. Un test. « Pour nous, c’est un moyen de vérifier le comportement social des élèves : amabilité, intégration dans l’équipe, ponctualité. Nous leur faisons comprendre que trois minutes de retard, ce ne doit pas être toléré », explique la jeune femme.

Sur le tableau, elle a affiché les mots «Vous, je, nous » pour rappeler à Stéphane la marche à suivre pour sa lettre. Nadia loue le fonctionnement de l’E2C. Parce que le cadre est souple et s’adapte au passé, aux envies de chaque jeune. Pendant 9 mois (la durée de la formation), certains élèves décident de multiplier les expériences professionnelles. D’autres préfèrent des remises à niveau. En vocabulaire, en grammaire.

Dans la salle, elle les laisse travailler dans leur coin. Les écoute ensuite. Chacun son tour, chacun avec ses tâches du jour. Quand Stéphane doit candidater, Damien remplit sa fiche d’imposition. Sur les murs, des affiches colorées sont accrochées. Une par élève avec des cases dedans : « but, objectif général, actions ». Celle d’Alixe est bien fournie. Le but : avoir son diplôme de l’E2C, un certificat de compétences délivré à la fin de l’année. « Et mon objectif est d’accéder à une formation d’aide-soignante », annonce-t-elle dans un sourire plein d’espoir.

« Je me demande comment ils peuvent venir avec le sourire »

« Nous partons du projet des jeunes, puis nous échangeons, nous voyons ce qui est possible », détaille Julien Macou, chargé de mission entreprise. Un homme-clé. « Je suis allé le voir et il m’a trouvé un stage en dix minutes », témoigne Damien, admiratif. Son travail de fond lui a permis de tisser un réseau dense : 454 entreprises ont déjà accueilli des élèves. « Si nous observons le comportement de notre stagiaire, nous sommes également attentifs à ce que la boîte 006_05_06_2013_OL29413l’accueille bien, qu’un tuteur le suive assidûment », continue-t-il. Et pour l’instant, ça marche. Diba Medjahed annonce fièrement les chiffres de 2012 : « Nous avons 62 % de sorties positives ». Entendre CDD de plus de 6 mois, de CDI ou d’entrées dans une formation qualifiante.

Directeur de Sodexo, au pôle santé Léonard-de-Vinci (Chambray-lès- Tours), Frédéric Moche se félicite d’avoir déjà pris une « quarantaine de stagiaires ». Plongeurs, adjoints de service hospitalier. Aujourd’hui, six sont embauchés en CDD long ou en CDI dans son entreprise. Avant le partenariat avec l’E2C, il décrétait des critères fixes pour le recrutement, comme les diplômes et les expériences. Plus maintenant. « L’important, c’est la motivation », tranche-t-il.

Les élèves en ont à revendre. Ils se distinguent par leur force morale. « Ils vivent des choses dont personne n’a idée », s’exclame Nadia. « Parfois, je me demande comment ils peuvent venir avec le sourire », continue-t-elle. Parce que les tranches de vie sont complexes. L’E2C comporte donc forcément un volet social. À 27 ans, Alixe a deux enfants à sa charge. Jeyson, 8 ans et Jemael, 5 ans. Elle en parle avec des étoiles dans les yeux. « Mais c’est dur de tout gérer, de passer du temps avec eux », déplore-t-elle. Jonathan évoque des « problèmes de santé » dans le passé. Des fins de mois à découvert aujourd’hui. Comme les autres, il touche une indemnité de formation grâce au Conseil régional : 350 euros par mois. Il bénéficie également de l’Atout jeunes du Conseil général (150 €). Et c’est tout.

« J’ai appris à avoir confiance en moi »

L’E2C sait aussi qu’un ou deux stages ne changent pas toute une vie. Aucune promesse donc. L’école donne avant tout des clés à ses élèves pour faire face aux différentes épreuves. «Ici, ‘ai appris à avoir confiance en moi », jure le Stéphane. À côté, le frêle Jonathan se souvient d’une anecdote. « Le premier cours de théâtre, le prof a vu que je n’étais pas bien. Il est venu me parler pendant une heure, alors que je ne le connaissais même pas. Depuis, j’apprends à m’intégrer dans une équipe et à mieux me connaître », glisse-t-il.018_05_06_2013_OL29437

Les ambitions sont ensuite revues à la hausse. Damien, 25 ans, les yeux bleus perçants, vise un BTS Management des unités commerciales, avant de devenir, à long terme, directeur d’un magasin spécialisé dans le multimédia. Alixe se dit heureuse de voir autre chose. « Nous visitons des châteaux, je n’aurais jamais imaginé ! »

« Nous ne faisons pas de miracles »

Est-ce suffisant pour leur redonner une complète estime de soi ? « Quand on parle de l’E2C à l’extérieur, on nous prend pour des “ cassos ” », s’agace Alixe. Le directeur conteste. « Ils ont une vision dévalorisée d’eux-mêmes, ils s’imaginent stigmatisés, alors que l’école a une bonne image », juge Diba Medjahed.

Il énumère et se souvient de situations difficiles : « Personnes incarcérées, addicts à la drogue, SDF ». L’école suit pendant un an ses anciens élèves. Si la majorité s’en sort, 20 % ne peuvent plus suivre l’école à cause de déménagements, congés maternité ou maladie. « Et il y a 10 % dont nous n’avons aucune nouvelle », soupire le boss de l’E2C. Nadia Mahituku préfère raconter une autre histoire. Celle d’une mère de quatre enfants, battue quotidienement. Un jour, elle se retrouve à la rue. L’E2C lui trouve un stage à Carrefour Market. Une semaine après, le patron de l’enseigne l’a embauchée. La formatrice rappelle souvent : « Mais, attention, nous ne faisons pas de miracle ». Parfois, ça y ressemble.

Texte : Guillaume Vénétitay / Photos : Olivier Pain (Germain photo) pour le Mag TMV


L’E2C EN BREF

> L’École de la Deuxième Chance (E2C) de Tours accueille des personnes de 20 à 30 ans, sans qualification ou dont les diplômes sont dits caduques (qui ne correspondent pas à l’orientation du jeune) et sorti depuis plus d’un an du système scolaire. Ces critères sont flexibles selon les écoles, car au niveau national, l’idée est basée sur les non-diplômés de 18- 25 ans.

> Les cours et ateliers sont variés : français, mathématiques, atelier d’écriture, théâtre, anglais, informatique. > 17 permanents et 7 intervenants sont présents pour encadrer 200 élèves à l’année.

> Le lien est fort avec les missions locales, Pôle Emploi, les assistantes sociales, les éducateurs, qui renvoient souvent les jeunes vers l’E2C.

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